Suite à une
conférence localisée sur le campus de l'université de Stanford, je faisais la
remarque qu'avec des moyens financiers importants et bien utilisés il est
vraiment possible de faire des choses extraordinaires. Tout est au rendez-vous
: la qualité de l'enseignement, le cadre de vie, les équipements scolaires et
sportifs, l'excellence de la recherche et au bout du compte des résultats
impressionnants quant à la réussite des étudiants. Un ami me disait : "La
bonne question c'est pourquoi on n'a pas la même chose en France ?" Bonne
question effectivement… à laquelle la réponse n'est pas forcément évidente. On
ne transpose pas facilement un modèle d'un pays à un autre sans prendre en
compte des différences culturelles marquées, et un environnement différent.
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La tour Hoover sur le campus de Stanford |
La première chose
est la sélection par l'argent, une année scolaire à Stanford coûte une petite
fortune qui place ce genre d'université hors de portée du plus grand nombre.
Bien entendu il y a des bourses pour les très bons étudiants qui permet de
"récupérer" quelques esprits brillants au porte-monnaie léger qui
viendront renforcer l'excellence de l'université. À noter d'ailleurs que le
maintien de l'excellence de l'université lui permet de garder des frais
d'inscription élevés, donc en simplifiant un peu, on peut dire que les bourses
d'excellences décernées aux jeunes sans
le sou permettent de garantir des
revenus importants aux universités.
Tiens, voilà un paradoxe qui aurait plu à mon père !
Par contre, les un
peu moins bons et tout aussi peu fortunés n'auront pas accès à ce genre
d'université. À mon avis, c'est là que
le bat blesse car je suis convaincu que l'une des missions principales de
l'université - et de l'éducation en général d'ailleurs - est de tirer
l'ensemble de la société vers le haut et pas seulement d'alimenter le haut du
panier avec une élite.
En France,
l'approche est différente, l'université ne sélectionne pas à l'entrée, du moins
elle prétend ne pas le faire. Quelle hypocrisie ! La sélection se fait un peu
plus tard de manière impitoyable et avec un gâchis phénoménal. Le maintien à
tout prix et à grands cris de la non sélection des étudiants à l'entrée est une
erreur et un mauvais combat (je n'ai pas toujours pensé cela…) le vrai scandale
est plutôt la très grande difficulté de changer de voie lorsqu'on s'est trompé
et le côté impitoyable du système qui une fois qu'il vous a éliminé rend très
difficile l'accès à une seconde chance. Je pense qu'il faudrait instaurer une
sélection "juste" à l'entrée de l'université et surtout mettre en
place les passerelles pour changer de voie et les échelles de secours pour
permettre à ceux qui ont raté la marche de remonter. Il est effarant de
constater que tout se joue au moment où les
jeunes n'ont pas la maturité nécessaire, rarement une vision de leur avenir
et souvent pas l'envie de faire des choix de vie importants, parce qu'il y a
d'autres centres d'intérêts bien plus attractifs à cet âge. Heureux ceux qui
ont la chance d'avoir des parents aptes à les guider, heureux ceux qui ont
accès aux cours supplémentaires, bienheureux ceux qui n'ont pas à se
dépatouiller dans toutes sortes de problèmes sociaux, familiaux ou
culturels.
Le système scolaire
tel qu'il est fait actuellement écrème et tire vers le bas. Les enseignants n'y
sont pour rien, la plupart du temps ils donnent tout pour faire avancer les
jeunes, c'est le système qui est vicié. On commence avec une soi-disant carte
scolaire sensée assurer la mixité sociale, c'est déjà mal parti lorsqu'on habite
un quartier défavorisé ! Ensuite vient l'hypocrisie des options : allemand
première langue et latin pour être sûr d'être avec les meilleurs… bah oui,
c'est sûr qu'allemand première langue c'est une bonne idée quand tout se passe
en anglais dans la vraie vie ! Pas grave, papa et maman paieront les cours de
rattrapage et les séjours linguistiques… La période lycée arrive… surtout
trouver le moyen de mettre son rejeton dans un bon lycée. Ah tiens, je croyais
que la carte scolaire assurait la mixité sociale et la saine émulation ? Avec
un peu de sou, on pourra facilement louer ou acheter un petit pied à terre à
proximité du lycée Henri IV, cela donnera les meilleures chances à la petite...
Bien sûr la façon dont j'écris cela est caricaturale, mais tout de même l'idée
est là.
Je pourrais aussi parler de l'évaluation qui évalue surtout la capacité à apprendre, des programmes qui développent peu la réflexion et ne donne pas souvent envie d'approfondir, des grandes écoles qui formatent au lieu de former les esprits, et encore de bien d'autres choses qui me fâchent…
Pour en revenir au
modèle Stanford, je crois qu'il faut prendre le problème par le bon bout :
commençons par remettre sur pied un système éducatif performant et juste,
depuis la maternelle jusqu'au lycée.
Donnons des chances à chacun, permettons aux enfants de se tromper ou de faire
des bêtises et donnons leur les chances de rectifier le tir. Cela fait, il sera
alors temps de mettre de vraies priorités financières dans des universités
d'excellences ouvertes à toutes celles et ceux qui ont le goût et les capacités
pour faire des études longues.
Stanford a une autre
caractéristique intéressante ; le campus est situé au cœur de la Silicon Valley
qui est un extraordinaire moteur pour l'économie, l'innovation et l'esprit
d'entreprendre. Les Apple, Yahoo, eBay, Google, etc. sont les produits directs
de cette machine. Stanford fournit des talents, la Valley leur permet de
s'exprimer et les capitaux suivent. Lors
de la conférence sur les très grandes bases de données à laquelle je
participais cette semaine, un "venture capitalist" est venu nous
expliquer sa recette pour faire quelque chose de "Grand". Le cabinet dans lequel travaille ce monsieur finance l'innovation en sachant que sur 10 startups, 9 n'aboutiront pas. Mais comme il le disait dans sa conclusion :
"The Valley is a great place :
great access to capital, great
community, great wines, … but likely most important : A freedom to fail !"
À propos d'éducation je conseille de lire cet excellent article, ici.
J'avais aussi écrit quelque chose sur ce blog ici et là.
J'avais aussi écrit quelque chose sur ce blog ici et là.