samedi 20 novembre 2010

Super Computing à la Nouvelle Orléans

Chaque année au mois de novembre a lieu au États-Unis la grande conférence "Super Computing" qui est l'occasion de faire le point sur l'état de l'art en matière d'informatique de pointe, on pourrait même parler ici d'informatique extrême.  C'est au cours de cette conférence qu'est établie l'une des deux éditions annuelles du "top 500" des ordinateurs les plus puissants de la planète.
Balade dans le "French Quarter"
Le "top 500" a un petit côté puéril dans le sens où c'est quasiment une question de fierté nationale de montrer aux yeux des observateurs ébahis que l'on possède la plus grosse… machine mondiale. D'un autre côté le "top 500" permet de quantifier les progrès technologiques et de se projeter dans l'avenir afin de déterminer quand l'informatique permettra de résoudre tel ou tel problème particulièrement gourmand en puissance de calcul.

Cette année Super Computing avait lieu à la Nouvelle Orléans et rassemblait 10 000 experts. Pour la première fois, la Chine a obtenu la première place au "top 500" avec la machine Tianhe-1A (Tianhe signifiant Voie Lactée en chinois) qui déploie une puissance de 2.6 petaFlops c'est-à-dire 2.6 millions de milliards d'opérations en virgule flottante par seconde, loin devant  la machine américaine Jaguar de la compagnie Cray qui n'aligne "que" 1.8 petaFlops.

Le "top 500" est déterminé en exécutant le même algorithme étalon sur toutes les machines. L'étalon nommé "LINPACK", consiste à résoudre un énorme système d'équations linéaires. La résolution nécessite un très grand nombre de calculs élémentaires qui  sont répartis sur l'ensemble des processeurs de la machine. LINPACK va s'exécuter d'autant plus rapidement que la vitesse des processeurs est grande, que leur nombre est important et qu'ils disposent d'un réseau suffisamment performant pour échanger des informations rapidement. L'algorithme lui-même est relativement simple et est donc facilement implantable quelque soit le type de processeur utilisé. Il est possible à partir des données constructeurs de déterminer la puissance théorique d'un ordinateur que l'on peut alors comparer avec la puissance mesurée. Dans la liste du "top 500" ces deux valeurs sont respectivement désignées par Rpeak (théorique) et Rmax(mesurée). Un rapport Rmax / Rpeak proche de 1 indique que l'architecture matérielle est parfaitement exploitée par l'algorithme.

Quand on regarde le rapport Rmax / Rpeak pour les premiers ordinateurs du Top 500, on voit que la machine chinoise présente un ratio de 0.55 alors qu'il est de 0.78 pour le Jaguar américain et même 0.84 pour la machine française classée 6ème au Top 500. En fait la machine chinoise est hybride et tire l'essentiel de sa puissance d'une utilisation massive de processeurs graphiques (américains) détournés à des fins de calcul. Cette architecture est astucieuse mais introduit des contraintes de programmation importantes et certaines applications complexes ne peuvent pas l'exploiter pleinement. Tianhe est donc une machine taillée pour le Top 500 mais elle serait certainement plus difficilement exploitable dans un autre cadre et se comparerait sans doute à la moyenne de ses concurrentes directes.

Ceci étant, la performance chinoise est excellente car il est loin d'être évident d'assembler une telle machine et le réseau d'interconnexion qui est parait-il de conception entièrement chinoise est certainement très performant.  

Sur un plan moins technique, il est intéressant de noter qu'une partie des 10 premières machines du "top 500" est, principalement destinée à des usages militaires. La machine française TERA100 est installée dans les locaux de la Direction des Affaires Militaires (DAM) du CEA et va servir aux modélisations et simulations nécessaires à la mise au point des armes nucléaires de demain. Elle prend le relai de TERA 10 qui était déjà bien placée au "top 500" en son temps. Il en est de même pour le "Road Runner" de Los Alamos,  et n'en doutons pas, pour Tianhe. Incontestablement, la dissuasion nucléaire se déplace maintenant vers l'informatique et il viendra peut-être un jour où le nombre de têtes nucléaires disponibles dans un pays, sera moins significatif que la puissance informatique et le niveau d'expertise des informaticiens militaires.

En dehors des applications militaires, ces supercalculateurs sont indispensables pour modéliser de plus en plus finement des phénomènes physiques complexes tels que des écoulements turbulents, l'évolution de galaxies ou encore tenter de comprendre l'évolution du climat sur de grandes périodes de temps, en tenant compte de la complexité de l'ensemble du globe terrestre (océans, terre et atmosphère). Certaines disciplines ne peuvent progresser que par un recours à des ordinateurs de plus en plus puissants.
Une petite partie des équipements réseau mis en oeuvre
Mis à part le "top 500", la conférence Super Computing est l'occasion d'avoir une vue d'ensemble de tout ce qui touche à l'informatique de pointe, un gigantesque hall d'exposition et de démonstration permet aux participants de voir le matériel et de discuter avec des experts. 
La technologie déployée est impressionnante. Chaque année, des experts du monde entiers collaborent avec des fabricants de matériel pour créer, le temps de la conférence, SCINET, le réseau informatique le  plus rapide au monde. Cette années, pas moins de 270 km de fibres optiques ont été installées, le site de la Nouvelle Orléans était capable d'échanger 260 GigaOctets de données par seconde avec le monde extérieur (cela représente le contenu de 50 DVD chaque seconde) et une liaison expérimentale à 100 Gigabits par seconde était disponible pour réaliser des tests.

Quant à l'organisation, elle est à l'américaine avec de grands shows très colorés et hétéroclites, les exposants n'hésitant pas à payer de leur personne, tel ce constructeur qui faisait son exposé juché sur un monocycle et entravé par une camisole de force ! Ou tel autre qui avait engagé une diseuse de bonne aventure tirant les tarots et lisant dans une boule de cristal ! Dans un contexte scientifique, le décalage est total.  En tout cas, le show est bien rodé et vaut le déplacement.
Ce qu'il ne faut pas inventer pour attirer l'attention !

dimanche 7 novembre 2010

Vous ne regarderez plus votre appareil photo tout à fait de la même manière...

Le détecteur ATLAS sur le LHC (Copyright CERN)

Lorsque l'on montre les détecteurs qui sont installés sur le LHC, les visiteurs sont souvent impressionnés par le gigantisme et l'apparente complexité de la technologie mise en jeu. Il est pourtant possible à tout un chacun d'en comprendre le principe de fonctionnement en remarquant qu'un banal appareil photographique numérique possède un grand nombre de points communs avec les détecteurs de particules.

Un appareil photographique n'est rien d'autre qu'un détecteur de lumière, or, depuis qu'Einstein a décrit l'effet photo-électrique on sait que la lumière peut-être considéré comme un ensemble de particules que l'on nomme "photons". Les collisionneurs de particules produisent de grandes quantités de photons énergétiques. En photographie, l es grains de lumière ont une énergie bien plus faible, mais la physique sous-jacente est la même. Un appareil photographique est donc un détecteur spécialisé dans la détection de photons "faiblards" alors que les détecteurs en physique des particules sont également sensibles à d'autres types de particules, par exemple les électrons, les pions, les kaons, etc...

Le capteur CCD ou CMOS du boitier photo est l'élément sensible du système qui va convertir les flux de lumière en une série de signaux électriques. Un détecteur de particules contient également des éléments sensibles capables de produire des signaux  dépendant des caractéristiques de la particule détectées. Un détecteur va selon les cas, donner des informations permettant de retrouver  la position, l'énergie, la charge électrique, etc.

Le capteur photographique couleur est constitué d'une matrice de millions de pixels, chacun d'entre eux est muni d'un minuscule filtre coloré rouge, vert ou bleu. Un pixel touché va donc donner une information sur la position des grains de lumière incidents et sur la couleur de ceux-ci, c'est-à-dire sur leur énergie (un photon bleu est un peu plus énergétique qu'un photon rouge).

L'électronique du détecteur ou du boitier photo est destinée à récupérer les signaux électriques produits par les éléments sensibles, à les mettre en forme et à les coder sous une forme numérique (ce sont les fichiers ".jpg" des appareils photos). La mise en forme est très importante, il faut nettoyer les signaux électriques qui possèdent toutes sortes de biais, il faut également égaliser la réponse de l'ensemble des éléments de détection de façon à ce que deux grains de lumières (ou deux particules) ayant les mêmes caractéristiques produisent le même signal en chaque point du capteur (ou du détecteur). Tout ceci est heureusement fait automatiquement.

Les informations codées numériquement sont stockées sur la carte mémoire de l'appareil photo ou sur des systèmes de stockage très capacitif pour les détecteurs de particules. Une fois la carte mémoire vidée sur un PC il est possible d'appliquer des traitements supplémentaires avec des logiciels adaptés pour renforcer les contrastes, supprimer les yeux rouges, voire même cacher un bouton disgracieux... Les photos seront ensuite distribuées sur Picasa, Flickr ou Facebook en utilisant les réseaux informatiques. C'est le même processus pour la physique ; les données sont traitée, analysées, filtrées et distribuée dans le monde entier grâce aux réseaux informatiques afin que les physiciens puissent les exploiter et "taguer" les quelques particules ou phénomènes physiques qui auront été identifiés. Pour un physicien, le tag "Higgs" est aussi attendu et recherché que le tag "petite dernière" après une naissance attendue !

En physique, tout comme dans la vie, on ne photographie pas n'importe quoi. Le photographe observe la scène sur le petit écran de l'appareil et n'appuie sur le déclencheur que lorsqu'il est parfaitement content du cadrage et du niveau de zoom. De même, les détecteurs n'enregistrent pas tout  à chaque collision. Un système basé sur des mesures rapides mais grossières analyse rapidement  ce qui se passe et ne déclenche la lecture complète des centaines de millions d'information du détecteur que lorsque certains éléments indiquent que la collision a des chances d'être intéressante. Ce dispositif nommé "trigger" doit être extrêmement bien fait pour éviter d'introduire des biais dans les analyses de physique et surtout éviter de rater un phénomène intéressant.

Le principe des détecteurs de physique des particules n'est pas plus compliqué que cela, c'est la masse d'informations produites et la vitesse des "prises de vues" qui nécessitent la débauche de technologie que l'on observe dans les expériences installées sur le LHC.

jeudi 14 octobre 2010

Au temps où les ordinateurs balbutiaient ou l'étrange histoire de M. Klein

On a tendance à l'oublier, tant l'électronique et l'informatique sont omniprésents dans le monde actuel, mais il fut un temps, pas très éloigné d'ailleurs, où les calculs se faisaient à la main, de tête ou à la rigueur avec des calculateurs très sommaires. 

Je me souviens très bien de mon Papa dans les années 65-68, économe dans un grand centre hospitalier qui faisait des comptes avec la petite machine mécanique "Curta" présentée sur la photo ci-contre. Papa a toujours été à la pointe du progrès, mais dû attendre 1973 ou 1974 pour avoir sa première calculatrice électronique de poche, une HP 45 je crois.

En physique, qu'elle soit expérimentale ou théorique, on a bien du mal à imaginer que tant d'avancées aient pu être faites sans machine à calculer, avec la seule aide de la règle à calcul et des tables de logarithmes. Et pourtant les grandes révolutions de la physique, la relativité restreinte et générale, la mécanique quantique, la théorie des champs ont été élaborées et mises en application bien avant l'avènement de l'informatique.

Le CERN, installa son premier ordinateur en 1958, il s'agissait d'un énorme Ferranti Mercury ayant un temps de cycle (temps nécessaire pour effectuer une instruction élémentaire) de 60 microsecondes et une mémoire de masse d'un peu plus de 130 0 00 mots de 20 bits ; même pas de quoi stocker une unique photo d'un appareil photo numérique bas de gamme ! La programmation d'un tel système était loin d'être aisée et ne pouvait être entreprise que par des spécialistes. Impossible donc pour un physicien standard d'utiliser directement la machine.
L'ordinateur Ferranti Mercury du CERN (copyright CERN)
Cette même année 1958, suite à un concours de circonstances, peut-être favorisé par la concordance de nationalité des deux personnes, le directeur du CERN de l'époque: C.J. Bakker rencontra Wim Klein, un calculateur prodige qui avait exercé dans le milieu du music hall et lui proposa de l'embaucher. Celui-ci accepta et devint une sorte d'ordinateur humain au service de la physique des particules. 
Wim Klein en action (Copyright CERN)
Il travaillait au côté des théoriciens et calculait les expressions mathématiques issues de leurs recherches. Son raisonnement permettait également de mieux programmer les ordinateurs en orientant les méthodes de programmation des informaticiens.  Jusque vers 1965, il fit jeu égal avec les ordinateurs du CERN, certains physiciens préférant souvent le contact humain avec Wim Klein à la complexité froide des machines. Après 1965, l'informatique devenant plus puissante et plus conviviale, son rôle scientifique déclina, mais il était devenu une icône et resta au CERN où il intervenait auprès des jeunes ainsi que lors de démonstrations publiques qui attiraient beaucoup de monde. Il quitta finalement le CERN en 1974 pour retourner vivre aux Pays Bas.

Au summum de son entrainement Wim Klein réussit à extraire de tête la racine 73ème d'un nombre de 500 chiffres, en 2 minutes et 9 secondes. Durant son intense réflexion,  il marmonnait en hollandais ce qui l'aidait à se concentrer.

Wim Klein fut assassiné chez lui en 1986, l'affaire ne fut jamais élucidée.


Le lien suivant pointe vers le film de la toute dernière exhibition de Wim Klein lorsqu'il quitta le CERN: http://cdsweb.cern.ch/record/422552

samedi 2 octobre 2010

Monsieur Charpak

Georges Charpak est l'inventeur d'un système extrêmement astucieux permettant de détecter et de reconstruire le passage d'une particule chargée dans un milieu gazeux. Le détecteur dont la dénomination la plus simple est "chambre à fils" est une enceinte remplie de gaz et dans laquelle sont tendus des fils très fins et portés à une haute tension (1500 à 2500 Volts). Lorsqu'une particule possédant une charge électrique traverse le gaz, elle ionise celui-ci, c'est-à-dire qu'elle arrache des électrons aux atomes. Les électrons chargés négativement sont attirés par les fils portés à une tension positive, on dit qu'ils dérivent. En arrivant à proximité des fils les électrons vont ressentir un champ électrique intense qui va provoquer leur multiplication. Cette avalanche  d'électron est captée par le fil sous la forme d'un courant électrique  de faible intensité, mais parfaitement détectable par un système électronique adapté. En choisissant correctement le mélange de gaz, le diamètre des fils, la tension électrique et l'électronique, la chambre à fils est capable de donner des informations qui permettront de caractériser la particule incidente et surtout de reconstruire sa trajectoire.

Ce détecteur a littéralement révolutionné les techniques expérimentales en physique des particules. Avant son invention, on utilisait des chambres à bulles dans lesquelles on photographiait de minuscules bulles provoquées par le passage des particules dans un liquide maintenu dans un état métastable. On arrivait, au mieux,  à prendre quelques photos par seconde et les traces de ses particules devaient être mesurées manuellement par une armée de techniciennes entrainées (les "scanneuses"). La chambre à fil permet de mesurer des flux de plusieurs milliers de particules par seconde et de reconstruire les traces informatiquement. Une partie des éléments constituant les grands détecteurs installés sur le LHC sont les successeurs directs des chambres de Charpak.

La photographie ci-contre montre la grande chambre à fils de l'expérience BaBar lors de sa construction. On distingue les milliers de fils fins comme des cheveux et recouverts d'une pellicule d'Or.


En dehors de la recherche fondamentale, la chambre à fils a de très nombreuses applications, notamment pour l'imagerie médicale, domaine dans lequel Georges Charpak s'est énormément investi à la fin de sa carrière.


Georges Charpak, en plus d'être un instrumentaliste génial, avait compris que la science devait être au service de la société au travers de l'éducation. De ses voyages aux USA et de son amitié avec le physicien  Leon Lederman, il a rapporté en France une méthode d'apprentissage de la démarche scientifique basée sur l'expérimentation. "La main à la pâte" a été et reste un grand succès dans les écoles. Avec ses livres et ses prises de positions publiques, il a contribué à faire reculer le charlatanisme en montrant à quel point il est important de développer un esprit critique. Ne jamais se fier aux apparences, ne pas gober tout cru tout ce qui est présenté avec un vernis pseudo-scientifique, faire preuve de sens critique...

Moins connu est le fait que Georges Charpak a contribué à développer des échanges entre la Colombie et la France, nombre de jeunes ingénieurs colombiens sont venus passer une période en France dans les meilleurs laboratoires, quelques uns sont restés, d'autres sont repartis en Colombie et ont contribué au développement technique du pays. Son attache avec la Colombie était liée à sa fille Nathalie, pédiatre installée à Bogota qui a développé la technique dites du "Peau à Peau" qui permet de maintenir en vie un bébé prématuré en le plaçant tout contre sa mère (ou son père) dans les pays qui ne disposent pas de couveuses. Avec l'imagerie médicale et le peau à peau, nul doute que la famille Charpak a contribué à sauver bien des vies.

Contrairement à ce qui est écrit dans le livre de Dan Brown "Anges et Démon", Georges Chapak ne jouait pas au Frisbee sur les pelouses du CERN, mais il ya quelques années on croisait souvent sa chevelure toute blanche et ses yeux bien bleus à la cafétéria.

Ma fille rigolait en lisant que Georges Charpak avait dit que "la physique des hautes énergies devait beaucoup au scotch". J'atteste de la véracité de cette affirmation. Les rouleaux de gros scotch noir plastifié sont omniprésents dans les expériences. Ils servent aussi bien à rendre  les détecteurs étanches à la lumière, qu'à fixer tous les éléments que l'on assemble dans la précipitation au milieu de la nuit quand le temps de faisceau est compté.
Monsieur Charpak vous étiez un grand homme, au propre comme au figuré, merci de saluer Pierre et Marie de ma part lorsque vous les rencontrerez.

jeudi 23 septembre 2010

Psychohistoire

Dans le cycle des "Fondations", l'auteur de science fiction Isaac Asimov imagine une nouvelle discipline scientifique nommée "psychohistoire" qui repose sur l'étude statistique du comportement des populations  et qui permet de prédire l'évolution historique de celles-ci. La psychohistoire atteint un tel degré de raffinement que Hari Seldon,  le héro mis en scène dans le premier opus, arrive à prédire précisément l'avenir des peuples de la galaxie sur des millénaires. Fort de cette connaissance, il met au point une stratégie afin de tenter de modifier l'avenir.

Bien entendu tout cela relève de la science fiction et il est impensable que l'on puisse prévoir l'évolution sur le très long terme des sociétés. Toutefois et à une échelle infiniment moins grande, on peut se demander si les statistiques globales enregistrées par le moteur de recherche Google ne recèlent pas des informations qui, une fois correctement extraites et corrélées, permettraient de prédire certains comportements sociétaux et éventuellement d'agir sur ceux-ci. En tout cas, Google a à sa disposition une statistique mondiale d'utilisation de mots clés correspondant s aux préoccupations des gens.

En 2008 Google a soumis un article pour publication dans la revue Nature qui montre qu'en étudiant le nombre d'occurrences de certains mots clés dans les recherche des internautes il est possible d'avoir une vision claire de la situation des épidémies de grippes. En effet, une recherche de mots clés du genre: "Symptômes de la grippe", "fièvre", "douleurs musculaires", etc. si elle est répétée au même moment par des dizaines de personnes dans la même zone géographique, est très probablement le signe que la grippe a fait son apparition dans la région en question.

Le graphique ci-contre compare l'estimation du suivi de la grippe par Google (en bleu) à celui réalisé par des centres spécialisés (en orange). 

La similitude est frappante. Google est donc capable de mettre en évidence en temps réel l'apparition des foyers infectieux dans différentes régions du monde.

Google met à la disposition de ses utilisateurs un outil nommé "Google tendances" qui permet de tracer soit même une courbe qui représente la popularité de certaines recherche de mots clés en fonction du temps. Par exemple, le graphique ci-contre montre la distribution temporelle des recherches sur le mot "marxisme" en France.
Première observation : Le nombre de recherches tend à diminuer au cours du temps, semblant indiquer un désintérêt progressif des internautes pour cette idéologie. 
Deuxième observation : le graphique montre une structure périodique. Le nombre maximum de recherches a lieu au mois d'octobre de chaque année. Est-ce dû à la révolution d'octobre ? Ce serait assez paradoxal puisque celle-ci a eu lieu en novembre ! Il apparait également un regain d'intérêt que je n'explique pas en janvier et un autre plus évident en mai. Par contre, en juillet les préoccupations des français semblent être loin de la révolution ! La structure périodique est tellement bonne que Google se permet même de faire des prédictions sur l'avenir. Psychohistoire, tu n'es pas loin...

En s'amusant avec quelques mots clés, on se rend compte que beaucoup de recherches sont cycliques avec des explications plus ou moins évidentes. En tout cas, mesdames une recherche sur le mot "épilation" montre qu'il y a un relâchement certain chaque mois de décembre ! Pour finir, je me demande bien ce que peut signifier l'augmentation énorme des recherches sur le mot "nabot" au cours du mois en cours (septembre 2010) (authentique !)

dimanche 12 septembre 2010

Le cœur du Cœur

L'image que je présente a été obtenue depuis mon jardin et avec mon matériel d'amateur. C'est une vue de la zone centrale de la nébuleuse numérotée 1805 dans "l'Index Catalog of Nebulae and Clusters of Stars". IC1805, également appelée "Nébuleuse du Cœur" est située juste à côte de la "Nébuleuse de l’Âme" dans la région de Cassiopée (les astronomes sont de grands poètes !). Le centre de la nébuleuse contient un amas d'étoiles baptisé Melotte 15, du nom de son découvreur: Philibert Jacques Melotte.

Une nébuleuse diffuse est un gigantesque nuage de gaz très peu dense qui rayonne sous l'effet des radiations ultraviolettes intenses émises par des étoiles proches. Le gaz en question est très souvent de l'Hydrogène ionisé, on parle alors de région HII. Le gaz émet principalement une lumière rouge monochromatique, c'est-à-dire constituée d'une longueur d'onde bien précise et caractéristique des processus physiques mis en jeu. Il s'agit de la raie alpha de l'Hydrogène, ou Halpha.

Mis à part quelques rares cas, et bien qu'elles couvrent de larges régions du ciel, les nébuleuses diffuses ne sont pas visibles à l'œil nu, mais une petite lunette (66 mm de diamètre et 400 mm de focale) équipée d'une caméra CCD, suffit à capter et à accumuler ces photons interstellaires. Afin de renforcer le contraste de l'image, on équipe la caméra d'un filtre spécial qui sélectionne la longueur d'onde correspondant à l'Halpha (656,3 nm), en rejetant toute autre lumière. 

La photo ci-dessous est le résultat de l'accumulation de 38 images individuelles correspondant à un temps de pose total de 2h49. Durant tout ce temps, il faut faire en sorte que la lunette reste très précisément pointée vers la région du ciel observée, on utilise pour cela une deuxième caméra qui  asservit le guidage de la monture grâce à un logiciel informatique.

Située à environ 7500 Années Lumières de la Terre, l'image couvre une zone d'environ 200 Années Lumières. Les zones sombres qui  semblent sculpter la nébuleuse sont des amas de poussières qui absorbent la lumière. 


vendredi 3 septembre 2010

Quand Google fait du constructionnisme

En 1963, après un séjour en Europe, un certain Seymour Papert, mathématicien de son état, intègre le Massachusetts Institute of Technology (MIT) ou il créé un groupe de recherche sur l'épistémologie et l'apprentissage. Dans les années 60 Seymour Papert avait côtoyé Jean Piaget connu, pour ses travaux sur les mécanismes d'élaboration des connaissances qu'il nomme "constructivisme". Fort de cette inspiration, Seymour Papert élabore sa propre théorie de l'apprentissage qui débouchera sur le "constructionnisme". Tel que je le comprends, pour Piaget, la pensée s'élabore petit à petit suite à tout un ensemble d'expériences qui renvoient chacune quelques bribes d'informations sur le monde. Pour Papert, celui qui apprend, le fait d'autant mieux qu'il "construit" lui-même ses expériences et qu'il explique et discute celles-ci en groupe. On retrouve là les bases de la pédagogie Freinet, que j'ai déjà mentionné (ici) dans ce blog.

Pour mettre en œuvre ses  principes pédagogiques, Papert invente un langage informatique nommé LOGO. Le LOGO est un langage particulièrement logique et simple qui fut associé à un système graphique basée sur une Tortue se déplaçant sur un écran. Quand la Tortue se déplace, elle laisse une trace. Une succession de déplacements va donc permettre de réaliser une figure géométrique. Afin de construire ses connaissances, l'enfant est invité à résoudre des problèmes mathématiques sous une forme graphique en déplaçant la tortue à l'aide de commandes simples.  Par exemple, un cercle est représenté par une succession de petits déplacements intercalés avec de très légers changements de direction. L'idée est séduisante, car l'enfant construit petit à petit sa connaissance, à son rythme et en visualisant ce qu'il fait. Du même coup, il apprend la logique informatique avec un système très simple, la notion de boucles, par exemple apparait naturellement quand l'enfant réalise qu'une figure géométrique complexes n'est souvent qu'une répétition de déplacements élémentaires. L'informatique devient un outil pour réaliser des expériences qui seront autant de briques élémentaires dans l'élaboration de la connaissance.

Visiblement Seymour Papert, bien que victime d'un accident qui l'a laissé gravement handicapé, a laissé son empreinte au MIT qui a continué de travailler sur ces sujets à la jonction entre l'éducation et l'informatique. Actuellement, le MIT héberge un groupe nommé "Lifelong Kindergarten" dont l'une des devises est "Helping children grow up as creative thinkers", leur but est de "développer des technologies qui, dans l'esprit des blocs de constructions de notre enfance et de la peinture au doigt, étendent les limites de ce que les gens peuvent imaginer, créer et apprendre". Dans ce cadre, les chercheurs ont développé un système de programmation graphique, basé sur des "blocs" que l'on peut assembler d'une manière très simple de façon à élaborer un programme informatique complexe, un peu à la manière du LOGO et de sa tortue.

La programmation par blocs du MIT a été reprise par Google afin de créer un outil permettant à tout un chacun de développer des applications pour les téléphone fonctionnant avec le système Google Android, et ceci sans aucune connaissance préalable en informatique. Le résultat est étonnant, il est possible en assemblant quelques blocs représentés par des sortes de pièces de puzzle, de construire une application fonctionnelle relativement complexe.

Avec "App Inventor" Google fait le pari de l'intelligence ; plutôt que d'imposer aux développeurs potentiels de maitriser un langage et un environnement informatique complexe, ces derniers pourront concrétiser leurs idées de la manière la plus simple qui soit.  Google revendique le fait que cette initiative est dans la continuité des idées de Seymour Papert, et effectivement App Inventor est un excellent outil d'apprentissage. D'ailleurs qu'est ce qui pourrait motiver plus les enfants que la programmation de leur téléphone ?

Pour la petite histoire, Seymour Papert était parait-il un membre actif du cercle socialiste révolutionnaire lorsqu'il était à Londres. Comme quoi le MIT qu'il intégra 10 ans seulement après le Maccarthisme, n'était pas sectaire. Du coup c'est peut-être Google qui est devenu un peu révolutionnaire !

Un exemple d'assemblage de blocs dans App Inventor formant une application fonctionnelle.